Le pétrole iranien sanctionné par les banques suisses

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Interview avec l'ex directeur de Naftiran qui était aussi le no2 au ministère iranien du Pétrole.

Enquête de Claude-Olivier Volluz pour la Radio Télévision Suisse (RTS)

La société Naftiran, basée à Pully (VD), est boycottée par plusieurs grandes banques suisses, révèle une enquête de la RTS qui a appris d’un haut responsable iranien que la société pourrait être transférée en Chine ou en Russie.

L’étau se resserre autour de Naftiran Intertrade Company (NICO), créé en 2002 à Pully (VD) pour négocier la vente du pétrole brut iranien sur les marchés internationaux. Selon des documents que le Journal de 19:30 dévoile en exclusivité vendredi, la société est boycottée par plusieurs banques suisses depuis 2010, comme UBS et Crédit Suisse.

« Réunion ordinaire »

Rien ne les contraint à appliquer ce boycott selon le cadre légal actuel, mais les banques sont libres de choisir leur clientèle. Toujours selon la RTS, le département du Trésor des Etats-Unis a récemment accru sa pression afin de décourager les banques occidentales de continuer à traiter avec Naftiran. Le Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO) confirme qu’un entretien a eu lieu le 31 janvier 2012 à Berne entre un haut responsable du département du Trésor américain et différents représentants de l’Administration fédérale, mais il s’agissait d’une réunion ordinaire, tient-on à faire savoir de même source.

« Jusqu’à 25 milliards de dollars par an »

NICO figure sur la liste noire du département du Trésor des Etats-Unis depuis 2008 et pourrait être sérieusement menacé par l’embargo commercial de l’Union européenne sur le pétrole iranien qui entrera en vigueur le 1er juillet prochain. Le Conseil fédéral n’a pas encore décidé s’il va reprendre ces nouvelles restrictions, précise le SECO.

Mohamad Javad Asemipour, ex vice-ministre iranien du Pétrole et ancien directeur de Naftiran, met en garde contre les conséquences d’un départ précipité de Naftiran. Dans une déclaration exclusive à la RTS, ce politique  réputé pour être proche du pouvoir iranien et qui s’exprime pour la première fois dans un média occidental, indique que « le chiffre d’affaires de la société est monté jusqu’à 25 milliards de dollars par an », au plus fort de son activité. Cela profite à l’économie suisse, a-t-il ajouté, pour mieux convaincre les autorités suisses de rester à l’écart de ces nouvelles sanctions. Mr Asemipour laisse entendre que la société pourrait être transférée en Chine ou en Russie si les sanctions suisses devaient encore être renforcées.

Embargo renforcé contre l’Iran

En janvier 2011, la Suisse a durci son embargo commercial à l’encontre de l’Iran en adoptant les mesures appliquées par les Etats-Unis et l’Union européenne. Mais pour l’heure, les importations de pétrole iranien et les transactions financières autour de cette matière première ne font l’objet d’aucune restriction dans la Confédération.

La Suisse, havre du négoce pétrolier

La Suisse abrite plusieurs centaines de sociétés de négoce qui, à l’image de Naftiran, ont pour mission l’achat et la vente des matières premières comme le pétrole sur les marchés mondiaux. Selon les estimations de l’ONG «La déclaration de Berne», un tiers du pétrole vendu sur les marchés mondiaux est négocié depuis la Suisse. L’Iran est le 4ème producteur de pétrole au monde.

Mon article sur les législatives du 25 novembre au Maroc

Législatives au Maroc | Les islamistes du PJD sont donnés favoris du scrutin d’aujourd’hui. Le mouvement du 20 février boycotte l’élection -Tribune de Genève, le 25 novembre 2011

http://www.tdg.ch/vers-gouvernement-islamiste-roi-2011-11-24

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«Notre symbole? Une lampe. Sa signification est claire. Nous souhaitons illuminer le chemin des Marocains. La lumière, c’est le signe de l’espoir», confie Ahmed, l’un des directeurs de campagne du parti islamiste PJD à Casablanca. Donné favori, le «parti de la lampe» pourrait entrer pour la première fois dans le gouvernement, voir même le diriger s’il devait arriver en tête, comme le prévoit la nouvelle constitution votée par référendum le 1er juillet dernier. Le PJD passe pour être le plus honnête et le moins corrompu des partis marocains. Les islamistes mettent en avant le caractère vertueux de leur programme tout en prenant garde de ne choquer personne. Durant la campagne, rien n’a été dit sur l’alcool qui coule à flot dans les bars du Royaume ou sur les mœurs très occidentalisés de la jeunesse dorée de Rabat et Casablanca. Selon plusieurs témoignages, le leader du PJD, Abdelilah Benkirane, aurait demandé aux têtes de liste de son parti de botter en touche sur les questions relevant de la morale et de fixer la priorité sur les problèmes économiques. «A ceux qui pourraient s’en inquiéter, je peux vous dire que je n’ai pas l’intention de me mêler du droit des femmes. Nous avons d’autres priorités : l’économie, la démocratie et la gouvernance», déclare Abdelilah Benkirane à la Tribune de Genève. Le programme du PJD a été recentré sur l’économie avec un engagement phare: relever le SMIC de 2300 (252 CHF) à 3000 dirhams (330 CHF). Mais ces promesses, comme celles des autres partis, suffiront-elles à attirer les électeurs dans les bureaux de vote? Le taux de participation est l’un des enjeux majeurs de ce scrutin. Pour répondre aux velléités d’ouverture de la rue dans le sillage du printemps arabe, le roi a fait réformer la constitution, afin de renforcer les pouvoirs du parlement et du gouvernement. Mais il reste l’acteur central du jeu politique. «Quel que soit le parti qui arrivera en tête, il n’aura jamais une autorité décisive. Le roi continue d’avoir le dernier mot», analyse Khellaf Oujader, psychosociologue et fin connaisseur des arcanes du pouvoir marocain.

Gérant d’une boutique au centre-ville de Rabat, Hamid pose un regard songeur sur les journaux qu’il propose à la vente. Le portrait du leader islamiste figure en bonne place sur toutes les unes. «Benkirane ou un autre, c’est du pareil au même. Ces hommes politiques ne valent rien. Ils n’ont aucun pouvoir», déclare-t-il avec amertume. Le jeune homme n’ira pas voter. L’opposition veut capitaliser sur ce sentiment de désarroi afin de parvenir à un fort taux d’abstention, ce qui symboliserait l’échec des réformes constitutionnelles décidées par le roi. De 52% en 2002 à 37% en 2007, le taux de participation n’a fait que diminuer lors des derniers scrutins législatifs. Créé dans le sillage des révolutions tunisienne et égyptienne, le mouvement du 20 février espère que son appel au boycott sera entendu. «Nous appelons au boycott du scrutin car nous n’avons aucune garantie qu’il sera transparent et nous avons déjà constaté de nombreux dérapages», explique Najib Chaouki, l’un des leaders du mouvement du 20 février. Durant la campagne, une centaine de militants appelant au boycott du scrutin ont été arrêtés. Presque tous ont été relâchés, certains après avoir été passés à tabac. Les autorités alternent la répression, l’intimidation et le laisser faire, afin de ne pas accroître la colère de la rue et pour ne pas attirer l’attention de la communauté internationale.   «Par rapport à la Tunisie ou à l’Egypte, les autorités marocaines prennent garde d’éviter de laisser le sang couler. Elles agissent plus insidieusement afin de briser la contestation en essayant de ne pas causer de dommages irréparables. Mais à terme, il n’est pas sûr que cela suffise car beaucoup de gens sont fatigués de ces méthodes», prévient le psychosociologue Khellaf Oujader. 

 

Citymag 47 numéro spécial sur le recensement de la population mauritanienne

Mon dernier numéro à la tête de Citymag Nouakchott avec un reportage exclusif sur le recensement (avec la collaboration de Mohamed Diop)

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9 heures du matin. Une vingtaine de personnes font le rang devant le Centre d’accueil des citoyens (CAC) de Nouakchott. C’est ici, comme dans 8 autres bureaux, que sont recensés les habitants de la capitale. Les hommes se tiennent séparés des femmes. Des tickets numérotés sont distribués par ordre d’arrivée. Toutefois, des faveurs sont accordées aux nécessiteux. «Nous facilitons l’accès des personnes âgées et des indigents», nous explique un membre de l’IDEP (L’instance départementale chargée de l’enrôlement des populations). Au pied du rang des hommes, un vieillard est assis à même le sol. Il dépose en vrac un tas de papiers devant le personnel d’accueil. «Nous ne demandons pas tous ces documents. Renseignez-vous ou lisez ce qui est affiché à l’entrée», lui dit-on.

Collées sur le mur, 2 feuilles A4 détaillent en français et en arabe les pièces administratives requises et la procédure de recensement. Un homme s’approche de nous, documents en main. Certaines pièces lui manquent. Son visage trahit un certain agacement. Il se plaint d’un «déficit de communication autour de l’opération». Visiblement, les données détaillées sur les feuilles disposées contre le mur d’entrée arrivent un peu tardivement pour certains. Et les mots «enrôlement» et «recensement» se mêlent dans la confusion sans que personne ne soit en mesure de faire la distinction entre les deux termes. Les autorités le martèlent depuis plusieurs semaines pourtant. Il ne s’agit pas d’un recensement. Mais leurs explications sont pour le moins inédites. «L’opération dépasse le simple cadre du recensement car en plus des données biographiques on ajoute des données biométriques. Il s’agit donc d’un enrôlement», tient à clarifier Diango Diagana, membre du comité juridique de l’Agence nationale du registre des populations et des titres sécurisés.

Dans les rangs, l’impatience joue sur les nerfs et le mot «recensement» l’emporte sur «l’enrôlement». «Le recensement biométrique est en total décalage avec nos réalités. Et les gens n’ont pas été bien informés», déplore un ancien diplomate fraîchement recensé. «Il aurait mieux valu marquer une pause après un mois afin de faire le bilan de ce qui fonctionne et de ce qui ne fonctionne pas. Cela aurait pu contribuer à faire taire la contestation», estime-t-il. La personne chargée de l’accueil s’invite au débat. Et s’interroge. «La contestation a-t-elle eu un effet négatif sur les opérations? Je ne sais pas. Mais ce que je constate, c’est qu’il y a moins d’engouement maintenant. Les premières semaines, on recevait jusqu’à 70 personnes par jour.»

Le chef de centre arrive à son tour et la discussion tourne court. «Il nous est impossible de répondre à tout le monde. Vous verrez tout à l’heure», nous explique-t-il avant de nous conduire dans son bureau. «Surtout pas de photo et je veux garder l’anonymat», prévient-il d’emblée. Le fonctionnaire poursuit sur un ton ferme et décidé. Et se lance dans une longue litanie avant même que l’on ait eu le temps de lui poser notre première question. «Nous sommes 54 chefs de centre dans tous le pays. Nous avons tous des diplômes de troisième cycle en droit ou en économie. Nous avons passé un concours de recrutement et suivi une formation juridique, sur l’état civil et le maniement des logiciels de travail», affirme-t-il avec conviction. Il poursuit en répondant de lui-même aux critiques formulées par les opposants au recensement, au premier rang desquels figurent les militants de «Touche pas à ma nationalité», un mouvement au nom qui claque et qui en dit long sur les inquiétudes d’une partie de la population négro-mauritanienne.

«Nous ne décidons pas qui peut avoir ou non la nationalité. Ce n’est pas notre rôle, rassure le chef de centre. Nous ne procédons qu’à l’enrôlement des gens qui sont authentiquement mauritaniens ou qui ont accédé légalement à la nationalité mauritanienne. Nous ne rejetons pas pour le plaisir de rejeter et à l’inverse, nous n’acceptons pas par complaisance. Nous n’usons pas de notre pouvoir pour nuire aux gens. Nous sommes pénalement et civilement responsables. Nous avons prêté serment», déclare-t-il. Le sujet est sensible et même si personne ne le dit ouvertement, tout le monde a encore en mémoire les violences interethniques de 1989 qui avaient contraint à l’exil plusieurs dizaines de milliers de Négro-Mauritaniens. 20.000 d’entre eux ont été rapatriés depuis par le HCR. Nous évoquons avec le chef de centre les cas de ces personnes nées à l’étranger et désormais établies sur le territoire national. La question revient très souvent. Peuvent-elles se faire enrôler? «Oui, nous assure-t-il. Mais il faut impérativement que leurs parents se fassent enrôler en premier.» Un autre problème régulièrement soulevé par ceux qui contestent cette opération, ce sont les questions posées, souvent qualifiées d’inopportunes et maladroites. Nous faisons réagir le chef de centre. «Peut-être qu’il y a parmi nous des personnes qui posent des questions déplacées. Tout le monde n’est pas pédagogue ou ne respecte pas les consignes. Mais en général, lorsqu’un candidat se présente, nous lui posons des questions très simples qui n’ont rien à voir avec la détermination de la nationalité. Comme : comment s’appelle votre père ou votre mère? De quelle région êtes-vous originaire?»

La procédure de recensement est clairement établie. Le candidat se voit remettre un ticket une fois que le personnel s’est assuré qu’il détient toutes les pièces obligatoires. Ces documents sont vérifiés par la commission d’enrôlement des populations (IDEP). Le candidat est ensuite présenté au chef de centre qui compare les données de sa pièce d’identité avec celles déjà en possession des autorités. «Nous travaillons sur la base des données du dernier recensement de 1998», nous explique le chef de centre. Les données biométriques du candidat (photo et empreintes digitales) sont ensuite saisies et on lui fournit un numéro d’indentification unique. C’est le précieux sésame qui prouve au candidat qu’il a bien été recensé. Mais tout le monde n’arrive pas jusque là. Et certains affirment avoir été rejetés sans autre forme d’explication. «Il faut distinguer entre renvoi et rejet, précise le chef de centre. Les renvois ne concernent que les candidats que nous ne pouvons pas identifier. On les renvoie vers un autre centre d’enrôlement proche de leur lieu de naissance où ils auront peut-être plus de chances d’être identifiés», se justifie-t-il.

Les membres de «Touche pas à ma nationalité» organisent depuis plusieurs semaines des manifestations pour exiger l’annulation des opérations de recensement. Ils dénoncent des discriminations à l’égard des Négro-Mauritaniens sans toutefois être ne mesure de le prouver, documents à l’appui. Il faut dire que les autorités n’ont révélé aucune donnée chiffrée détaillée depuis le début des opérations. Nos demandes de clarification en ce sens sont restées sans réponse. Dans une déclaration le 27 septembre 2011, le ministre de l’Intérieur et de la décentralisation, Mohamed Ould Boilil faisait état de 101.860 citoyens recensés sur l’ensemble du territoire national depuis le début des opérations en mai dernier, sans toutefois donner plus de détails. «Il n’y a que 54 centres dans le pays. La capacité des centres est largement inférieure à la demande. N’oubliez pas que nous sommes plus de 3 millions de Mauritaniens», réagit le chef de centre.

L’entretien terminé, nous sortons du centre et croisons une jeune femme. Khaddi vient de se faire recenser. «Ils m’ont demandé dans quelle université j’étudiais», s’étonne-t-elle, en tenant bien fermement dans ses mains son nouvel extrait de registre national des populations sur lequel est mentionné son numéro d’identification nationale, des données personnelles et celles de ses parents. Khaddi a été plus chanceuse que Mamadou Hamidou Sarr, un candidat au recensement qui dit avoir été rejeté sans motif le 4 août 2011 devant le CAC de Tevrag Zeina.

Nous retrouvons Mamadou Hamidou Sarr chez lui dans une maison modeste, au PK 8 près du garage Rosso. Un portrait de Cheikh Ould Kheiry est accroché au mur de sa véranda. «C’est mon marabout», nous confie-t-il. Tous les membres de sa famille ont droit à une place parmi les nombreux clichés disposés contre le mur. Sa femme, Aissata Balla Ndiaye, originaire de Boghé, et leurs 6 enfants, sourient aux hôtes de passage. «Lui c’est Cheikh Baya, le plus jeune de mes enfants. Il a 7 ans. Il est né à Bangne. Vous connaissez Bangne?, nous interroge-t-il malicieusement avant de poursuivre les présentations. Mon fils aîné a 27 ans. Il travaille à Zoueirat. J’ai encore 4 filles. L’une d’entre elles travaille au ministère de l’Industrie et des mines. Si je ne suis pas recensé, comment le seront-ils »

La procédure actuelle conditionne le recensement des enfants à celui des parents. Ce qui suscite beaucoup d’interrogations dans la population. «Ai-je besoin de prouver que je suis mauritanien?», s’emporte Mamadou Hamidou Sarr en nous montrant la pièce d’identité de son défunt père et en disposant sur la table ses cartes d’électeurs. Puis il nous prend à témoin. «Regardez cette photo, elle date de 1962. Vous voyez cet homme à mes côtés? C’est le célèbre homme d’affaires Concorde Gaye. J’étais son secrétaire particulier et également son traducteur. J’ai beaucoup voyagé avec lui et j’ai fait la connaissance de plusieurs présidents africains. J’ai également travaillé dans une grande banque et j’ai aussi œuvré à la Croix-Rouge mauritanienne à ses débuts en 1979, sous la supervision de Madame Sall. Qui l’ignore ?»

Mamadou Hamidou Sarr est partagé entre amertume et colère. Nous l’interrogeons pour connaître les motifs qui lui ont été présentés pour expliquer le rejet de son dossier. «J’ai présenté mes papiers à une dame qui les a transmis à un gendarme. Il m’a regardé longuement avant de donner les documents à un autre garde. Cet homme m’a demandé si j’étais marabout.» Mamadou Hamidou Sarr poursuit sa description des faits. On le sent très affecté par ces événements. Il nous dit avoir été conduit devant un ordinateur où les références de son extrait de recensement de 1998 ont été vérifiées. Puis on lui aurait fait signer deux blocs de papier, en arabe et en français. Le père de famille poursuit en nous décrivant une étrange discussion avec le hakem. «Il est venu me voir et m’a demandé si je parlais arabe. Je lui ai répondu que non. Il m’a dit…Comment, un mauritanien qui ne parle pas l’arabe? Je lui ai demandé à mon tour…Et vous, vous parlez le pulaar? Il ne m’a pas répondu et a poursuivi en me demandant si je connaissais des notables au village qui pouvaient confirmer que je suis bien mauritanien. Je lui ai répondu qu’il n’avait qu’à faire ces vérifications lui-même.»

La tension est à son comble lorsque le hakem retourne dans son bureau. Un membre de la commission en ressort et s’approche de Mamadou Hamidou Sarr. «Il m’a dit, visiblement gêné, que mon frère, gendarme, devait venir se faire recenser avant moi. J’ai compris que mon dossier avait été rejeté mais qu’on ne voulait pas me le dire clairement.» Le téléphone de Mamadou Hamidou Sarr sonne. C’est un ami qui prend de ses nouvelles. «Je reçois beaucoup d’appels, des amis qui disent craindre que je perde la nationalité mauritanienne. Parfois, je monte à bord d’un taxi et j’entends les gens parler de moi. Je veux me faire recenser. Mais je ne veux pas me présenter encore devant la commission avant que les choses ne soient clairement établies me concernant», conclut-il, avec un geste de dépit.

L’histoire de Mamadou Hamidou Sarr, tout le monde la connaît parmi les militants du mouvement «Touche pas à ma nationalité». Créé dans l’improvisation en février 2011, ce groupe formé de Négro-Mauritaniens répertorie tous les cas de rejet qui lui sont transmis, «Nous avons clairement constaté que ce recensement discrimine les noirs. Nous estimons que ce processus est raciste et discriminatoire», déclare Abdoul Birane Wane, leader du mouvement, premier du genre à avoir réuni dans la rue toutes les communautés négro-mauritaniennes autour d’un même thème de contestation (l’entretien dans son intégralité dans la page interview). Le groupe mène un intense travail de propagande dans les quartiers populaires et s’adresse avant tout à la jeunesse, à défaut de pouvoir compter sur le soutien de l’élite.

«En tant que jeune, nous devons être une sentinelle de la démocratie et de la légalité pour sensibiliser les citoyens de tout bord sur les dangers de ce recensement», affirme Diallo Seydou Nourou, étudiant et membre actif du mouvement. «C’est l’ère de la démocratie comme le dit le président Aziz. Nous avons donc des droits et des devoirs. Et là, notre devoir est d’attirer l’attention des populations sur les dangers de ce recensement», ajoute Hawa Bâ, autre membre active du mouvement. S’estimant ignorés par les autorités, les membres du groupe se sont radicalisés au fil des mois. Ils ont commencé à se faire connaître durant le Ramadan avec des ruptures de jeûnes suivies de meetings dans les quartiers populaires. «Touche pas à ma nationalité» a également organisé des sit-in devant les Centres d’accueil des citoyens. Depuis septembre, ils défilent régulièrement dans le centre-ville de Nouakchott avec pour ambition de faire parvenir leurs doléances jusqu’à la présidence. Ces marches, qui ont réuni plusieurs centaines de personnes, ont été réprimées à au moins deux reprises, comme ont pu le constater les journalistes de Citymag présents sur les lieux.

«J’ai entendu parler d’eux dans la presse. J’ai compris que ces gens luttaient pour moi», nous déclare Moussa Demba Guaïdé, un jeune électromécanicien qui vient de rejoindre la contestation. Aujourd’hui, le mouvement fait des émules à l’intérieur du pays. Des manifestations contre le recensement ont été organisées à Kaédi où des édifices publics, dont le Palais de justice, ont été incendiés le samedi 24 septembre, comme ont pu le constater des correspondants de presse sur place. Par ailleurs, au moment du bouclage de ce numéro (30 septembre 2011), un manifestant avait succombé à ses blessures après de violents affrontements avec les forces de l’ordre à Maghama, à une centaine de kilomètres au sud-est de Kaédi. 7 autres jeunes étaient toujours hospitalisés à Kaédi, la plupart fin de soigner des blessures par balles, selon un décompte effectué sur place par des journalistes. D’après le mouvement «Touche pas à ma nationalité», une quarantaine d’arrestations ont eu lieu à Kaédi entre le 24 et le 26 septembre. Tous les détenus ont été relâchés dans la nuit du 28 au 29 septembre. Mais la situation restait très tendue. Le 27 au soir, le ministre de l’Intérieur et affirmait la volonté du gouvernement de poursuivre les opérations de recensement et mettait en garde contre les actions de nature à troubler l’ordre public. Deux jours plus tard, une marche en hommage au manifestant tué à Maghama était violemment dispersée par les forces de l’ordre à Nouakchott.

« Un plébiscite pour le roi »

Mon article sur la campagne pour le référendum constitutionnel au Maroc dans le journal suisse « Le Temps » du 1er juillet 2011.

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http://www.letemps.ch/Page/Uuid/a4061e36-a358-11e0-96b3-c42ef48b895c/Un_pl%C3%A9biscite_pour_le_roi

Marginalisés dans les médias, les jeunes contestataires appellent au boycott du référendum. Dans le camp du oui, on s’active pour que la réforme soit acceptée à plus de 70% des votants

«Les Marocains n’ont confiance qu’en leur roi!» Le drapeau marocain bien en vue sur son tee-shirt, Amine est certain de ne pas avoir trop à convaincre les passants qu’il va interpeller dans les ruelles étroites de la vieille ville de Rabat. Ce frêle jeune homme vient de quitter son poste de téléphoniste pour militer en faveur de la nouvelle Constitution soumise au vote ce vendredi. «Nous ne sommes pas payés pour faire cela», tient-il à nous dire d’emblée, pour contrer ceux qui doutent de la sincérité de sa démarche, tant l’issue du scrutin ne fait guère de doutes.

Les militants royalistes ne s’en cachent pas. Pour eux, la partie est gagnée d’avance. «On va dépasser 90% de votes favorables à la nouvelle Constitution, c’est sûr. Beaucoup de Marocains préfèrent l’évolution par étapes proposée par le roi à une révolution brutale et incontrôlée», analyse Redouane, un jeune homme corpulent qui se tient à ses côtés.

«Travail de propagande»

Mais la tonalité du débat n’est pas toujours aussi cordiale et mesurée. Depuis l’annonce des détails de la réforme constitutionnelle par Mohammed VI le 17 juin, les membres du mouvement royaliste s’invitent à toutes les manifestations de l’opposition et usent parfois de la force pour démobiliser les jeunes contestataires. La pression est forte dans la rue également. Tous les jours, des taxis parés d’autocollants à l’effigie du roi et de drapeaux marocains paradent sur les grandes artères en klaxonnant.

La mobilisation est le seul enjeu du référendum. «Moins de 70% de taux de participation serait perçu comme un échec par les autorités. Il y a un intense travail de propagande pour que ce seuil soit franchi», analyse Youssef Belal, un sociologue, cadre dans un petit parti de gauche. «Nous ne sommes pas dans le contexte d’un référendum populaire avec une population sollicitée pour répondre à une question, mais plutôt dans le cadre d’un plébiscite pour le roi soigneusement préparé», analyse-t-il.

Les quartiers populaires, où l’analphabétisme est encore très présent, font l’objet d’une attention toute particulière. Dans les bidonvilles de Salé, ville attenante à la capitale, les habitants n’ont pas eu à se déplacer à la préfecture pour aller chercher leurs cartes électorales. «Le mokadem [ndlr: agent du Ministère de l’intérieur] est venu nous apporter les cartes électorales à la maison», témoigne Faouzi Azari, père de cinq enfants qu’il fait vivre avec moins de 200 euros par mois dans une petite bâtisse recouverte de tôles ondulées et de bâches en plastique. «Toute ma famille va voter oui car on nous a dit que c’est bien. J’ai entendu dire à la télévision que le premier ministre aurait plus de pouvoir», s’empresse-t-il d’ajouter. Assis à ses côtés, un vieillard affirme qu’il va voter «oui pour le roi». Mais il reste silencieux lorsque nous l’interrogeons sur le contenu de la réforme constitutionnelle.

Appel à manifester

Pour le sociologue Youssef Belal, «beaucoup de Marocains, même parmi les lettrés, ne connaissent pas les détails de la nouvelle Constitution. Ils sont loin d’en saisir tous les enjeux. Ils vont voter en fonction de ce que le roi leur a demandé. La plupart d’entre eux n’ont que les médias pour s’informer et l’information est biaisée.»

Les partisans du non (les ONG et les petits partis de gauche) peinent à se faire entendre. Au Maroc, les médias sont placés sous le strict contrôle de l’Etat. «Nous appelons au boycott du référendum pour dénoncer une campagne inéquitable», explique Nizar Bennamate, l’un des leaders du mouvement du 20 février, à l’origine de la contestation sociale. Avec ses camarades, il préfère préserver ses forces pour poursuivre la lutte après le référendum et appelle déjà à manifester le dimanche suivant le scrutin.

«Que va-t-il se passer une fois que le texte sera voté?» s’interroge malicieusement Youssef Belal. «Le système produit à nouveau une Constitution non démocratique avec le roi qui détient le plus de pouvoir et qui dans le même temps n’a de comptes à rendre à personne. Rien n’a été dit sur les revendications politiques, économiques et sociales de la société marocaine. La contestation se dirige pour l’instant sur le gouvernement, mais, à terme, il se peut qu’elle se tourne également vers le roi», conclut-il.

AQMI après Ben Laden

La disparition d’Oussama Ben Laden, source de désarroi ou nouveau souffle pour Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI)? Mon article dans le journal suisse « Le Temps » du 12 mai 2011.

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http://www.letemps.ch/Facet/print/Uuid/94806052-7c0c-11e0-947e-0432e9d170ce/Un_Libyen_devrait_succ%C3%A9der_%C3%A0_Ben_Laden

La disparition d’Oussama ben Laden pourrait contribuer à renforcer Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI). Candidats à sa succession, ses deux adjoints, Ayman al-Zawahiri et Abou Yahya al-Libi, cultivent des liens très étroits avec les djihadistes du Sahel

Mohamed Mahmoud Aboul Maaly est confortablement installé dans son bureau, au siège de Nouakchott Info, le journal qu’il dirige dans la capitale mauritanienne. Ce patron de presse mauritanien, connu pour entretenir des contacts privilégiés avec Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), n’a pas à se lever pour recevoir ses visiteurs. Courtisans et curieux se bousculent devant sa porte. Un journaliste l’interpelle pour lui demander une copie du dernier communiqué d’AQMI, dans lequel l’organisation terroriste réfute toute implication dans l’attentat de Marrakech, le 28 avril dernier. Mohamed Mahmoud Aboul Maaly opine de la tête, lui remet une copie du document puis se replonge dans la lecture des forums djihadistes.

«Les combattants d’AQMI ne veulent pas se mettre à dos les populations en révolte, analyse-t-il. Ils ne commettront pas l’impair d’organiser un attentat dans un pays où une révolution est en marche. En revanche, pour les étrangers et les militaires, le risque est beaucoup plus important.»

La disparition d’Oussama ben Laden ne fait que renforcer la menace. Même si AQMI ne fait aucune mention de cet événement dans son dernier communiqué, «sa mort constituera certainement une source de motivation pour les djihadistes de la région», poursuit Mohamed Mahmoud Aboul Maaly. La question de sa succession également. Malgré son charisme, sa personnalité ne faisait pas l’unanimité parmi les salafistes de la région. «Les plus jeunes ont toujours préféré ses adjoints, Ayman al-Zawahiri ou Abou Yahya al-Libi, car ils sont encore plus radicaux», témoigne Hamed*, un jeune Mauritanien proche des milieux salafistes.

Numéro trois dans la hiérarchie d’Al-Qaida avant la mort d’Oussama ben Laden, Abou Yahya al-Libi, l’un des principaux théoriciens du groupe terroriste, est souvent cité en référence sur les forums internet fréquentés par les membres d’AQMI. «Il a étudié cinq ans dans une école coranique en Mauritanie. Et son épouse est Mauritanienne», révèle Mohamed Mahmoud Aboul Maaly. Membre fondateur du Groupe islamique des combattants libyens (GICL) dans les années 1980, ce prêcheur libyen d’une cinquantaine d’années est également l’un des premiers à avoir rejoint Al-Qaida au début des années 1990. Son nom est désormais cité parmi les prétendants à la succession du fondateur du groupe terroriste. «Cela ne pourrait que renforcer les liens entre Al-Qaida centrale et sa filiale régionale dans la zone sahélo-saharienne, estime Mohamed Mahmoud Aboul Maaly. Mais, ajoute-t-il, le candidat d’AQMI, selon toute vraisemblance, c’est l’Egyptien Ayman al-Zawahiri. C’est lui qui a organisé le ralliement de l’ex-GSPC algérien à Al-Qaida en 2007. Il a toujours été l’interlocuteur des djihadistes maghrébins.»

La mort du fondateur d’Al-Qaida établie, le sort des quatre otages français enlevés en septembre 2010 au Niger et encore détenus à ce jour est plus incertain que jamais. Et toutes les hypothèses circulent désormais. «AQMI pourrait être tentée de les exécuter en représailles. Mais ils sont peut-être dans l’attente de la nomination du successeur de Ben Laden pour statuer sur leur sort», estime Mohamed Mahmoud Aboul Maaly. Selon l’AFP, le montant de la rançon exigée pour leur libération s’élève à 90 millions d’euros. Une somme colossale qui pourrait servir à financer l’achat de nouvelles armes, à la faveur de l’insurrection en Libye. «Ils ont déjà pu obtenir des missiles Grad (ndlr: portée de 18 à 40 km)», rapporte Mohamed Mahmoud Aboul Maaly.

L’inquiétude est grande pour les pays de la région, qui multiplient les réunions sécuritaires au plus haut niveau depuis plusieurs mois. La Mauritanie est même parvenue à infiltrer des camps terroristes dans le nord du Mali. Deux de ses agents ont réussi à faire échouer une tentative d’attentat contre l’ambassade de France à Nouakchott, en février dernier. Mais ils ont finalement été démasqués, deux mois plus tard. «Ils ont été exécutés, raconte Hamed*, qui connaît leur famille. Ils ont découpé l’un d’entre eux en morceaux et déposé ses membres dans un sac plastique à la frontière mauritanienne.» Le sac était accompagné d’une petite notice sur laquelle on pouvait lire «voici votre agent.» Sa famille a reçu 14 millions d’ouguiyas (45 000 francs suisses) des autorités mauritaniennes en guise de compensation financière. Depuis, la méfiance s’est encore renforcée au sein d’AQMI.

* Prénom d’emprunt.

Citymag Nouakchott, numéro de juin 2011

A LA UNE

Dossier domestique:

- Le gouvernement réglemente l’emploi des domestiques pour limiter les abus

- Enfants domestiques: des ONG se mobilisent pour leur venir en aide

- Témoignage: Hawa, 14 ans, accusée d’avoir volé l’argent de sa patronne et emprisonnée

BAC 2011:

A quelques jours des épreuves, les conseils de Citymag pour être prêt le jour J

Interview avec l’un des organisateurs du Forum Social de Dakar:

« Il faut réformer l’État africain. Et cela passe par l’émergence de leaders capables d’écouter la voix des peuples. Des leaders qui ne se donnent plus la possibilité de rester au pouvoir 15 ou 20 ans », déclare Mamadou Mignane Diouf dans une interview à Citymag.

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Citymag No 45 – Au coeur des urgences

 A LA UNE

- Reportage au service des urgences du Centre Hospitalier National de Nouakchott

- Enquête sur le business des voitures d’occasion. Citymag révèle les pièges à éviter lors de l’achat d’un véhicule. 

- Portrait de Bana Corel, la première styliste mauritanienne

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Citymag No 44 – Al Jazira au temps des révolutions du « Printemps arabe »

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Le Maroc dans l’attente du changement…..

20fvrier.jpg  »Il n’y a pas d’article de la constitution qui soit intangible », déclare le ministre marocain de la communication sur la Télévision Suisse Romande, quelques heures avant le discours du roi, le 9 mars 2011. A voir dans mon reportage:

http://www.tsr.ch/video/info/journal-19h30/3005920-maroc-l-opposition-annonce-un-nouveau-mouvement-de-protestation.html

Les réactions sont positives au lendemain du discours du roi annonçant des réformes constitutionnelles. Mais faut-il pour autant estimer qu’un vent de  changement souffle sur le Maroc? Mes précisions dans le journal de la Télévision Suisse Romande:

http://www.tsr.ch/video/info/journal-12h45/3007504-maroc-reforme-globale-les-precisions-de-claude-olivier-volluz.html#id=3007504

Le portrait d’un militant du « mouvement du 20 février » pour la démocratie au Maroc diffusé dans le journal de la Télévision Suisse Romande:

http://www.tsr.ch/video/info/journal-19h30/3042417-maroc-portrait-d-oussama-el-khlifi-une-jeune-homme-qui-est-devenu-l-un-des-visages-de-la-contestation-marocaine.html

www.elaph.com: les journalistes pris pour cible en Egypte

Très bon article dans le journal en ligne « Elaph » sur les intimidations et violences dont sont victimes les journalistes qui travaillent actuellement en Egypte, avec ma réaction dans le papier.
http://www.elaph.com/Web/news/2011/2/629930.html


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