Législatives au Maroc | Les islamistes du PJD sont donnés favoris du scrutin d’aujourd’hui. Le mouvement du 20 février boycotte l’élection -Tribune de Genève, le 25 novembre 2011
http://www.tdg.ch/vers-gouvernement-islamiste-roi-2011-11-24
«Notre symbole? Une lampe. Sa signification est claire. Nous souhaitons illuminer le chemin des Marocains. La lumière, c’est le signe de l’espoir», confie Ahmed, l’un des directeurs de campagne du parti islamiste PJD à Casablanca. Donné favori, le «parti de la lampe» pourrait entrer pour la première fois dans le gouvernement, voir même le diriger s’il devait arriver en tête, comme le prévoit la nouvelle constitution votée par référendum le 1er juillet dernier. Le PJD passe pour être le plus honnête et le moins corrompu des partis marocains. Les islamistes mettent en avant le caractère vertueux de leur programme tout en prenant garde de ne choquer personne. Durant la campagne, rien n’a été dit sur l’alcool qui coule à flot dans les bars du Royaume ou sur les mœurs très occidentalisés de la jeunesse dorée de Rabat et Casablanca. Selon plusieurs témoignages, le leader du PJD, Abdelilah Benkirane, aurait demandé aux têtes de liste de son parti de botter en touche sur les questions relevant de la morale et de fixer la priorité sur les problèmes économiques. «A ceux qui pourraient s’en inquiéter, je peux vous dire que je n’ai pas l’intention de me mêler du droit des femmes. Nous avons d’autres priorités : l’économie, la démocratie et la gouvernance», déclare Abdelilah Benkirane à la Tribune de Genève. Le programme du PJD a été recentré sur l’économie avec un engagement phare: relever le SMIC de 2300 (252 CHF) à 3000 dirhams (330 CHF). Mais ces promesses, comme celles des autres partis, suffiront-elles à attirer les électeurs dans les bureaux de vote? Le taux de participation est l’un des enjeux majeurs de ce scrutin. Pour répondre aux velléités d’ouverture de la rue dans le sillage du printemps arabe, le roi a fait réformer la constitution, afin de renforcer les pouvoirs du parlement et du gouvernement. Mais il reste l’acteur central du jeu politique. «Quel que soit le parti qui arrivera en tête, il n’aura jamais une autorité décisive. Le roi continue d’avoir le dernier mot», analyse Khellaf Oujader, psychosociologue et fin connaisseur des arcanes du pouvoir marocain.
Gérant d’une boutique au centre-ville de Rabat, Hamid pose un regard songeur sur les journaux qu’il propose à la vente. Le portrait du leader islamiste figure en bonne place sur toutes les unes. «Benkirane ou un autre, c’est du pareil au même. Ces hommes politiques ne valent rien. Ils n’ont aucun pouvoir», déclare-t-il avec amertume. Le jeune homme n’ira pas voter. L’opposition veut capitaliser sur ce sentiment de désarroi afin de parvenir à un fort taux d’abstention, ce qui symboliserait l’échec des réformes constitutionnelles décidées par le roi. De 52% en 2002 à 37% en 2007, le taux de participation n’a fait que diminuer lors des derniers scrutins législatifs. Créé dans le sillage des révolutions tunisienne et égyptienne, le mouvement du 20 février espère que son appel au boycott sera entendu. «Nous appelons au boycott du scrutin car nous n’avons aucune garantie qu’il sera transparent et nous avons déjà constaté de nombreux dérapages», explique Najib Chaouki, l’un des leaders du mouvement du 20 février. Durant la campagne, une centaine de militants appelant au boycott du scrutin ont été arrêtés. Presque tous ont été relâchés, certains après avoir été passés à tabac. Les autorités alternent la répression, l’intimidation et le laisser faire, afin de ne pas accroître la colère de la rue et pour ne pas attirer l’attention de la communauté internationale. «Par rapport à la Tunisie ou à l’Egypte, les autorités marocaines prennent garde d’éviter de laisser le sang couler. Elles agissent plus insidieusement afin de briser la contestation en essayant de ne pas causer de dommages irréparables. Mais à terme, il n’est pas sûr que cela suffise car beaucoup de gens sont fatigués de ces méthodes», prévient le psychosociologue Khellaf Oujader.




















































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